Pierre et le MUR de Bordeaux, une passion Magnetic.

Pierre Lecaroz est le fondateur du MUR de Bordeaux et de l’association Pole Magnetic. Histoire de ce passionné qui a su donner naissance à divers projets d’art urbain qui rayonnent dans la ville de Bordeaux.

Photo de couverture: @Pierre Lecaroz , Mur Jeff Aerosol

Naissance d’une passion pour l’art de rue.

Au début des année 2000, muni de son appareil photo numérique Pierre part en vacances avec sa compagne sur la région de Montpellier. Ils se rendent à Sète au festival K-Live et découvrent des fresques murales et des interventions d’artistes dans la ville.

Pierre Lecaroz devant le Mur de Bordeaux

« J’ai trouvé que cela embellissait l’espace public et aussi que c’était le point de convergence de toutes mes références musicales et graphiques ».

Il commence à constituer une banque d’image. Un jour à la radio il apprend l’existence d’une page communautaire sur un réseau social, il devient contributeur. « Ces interventions spontanées et non cadrées dans l’espace public sont éphémères par définition. Il faut être au bon moment au bon endroit. Et pour moi prendre des photos d’art urbain c’était immortaliser l’éphémère. »

La Page Street Art Bordeaux : le vecteur premier de l’association Pôle Magnétic

Puis l’idée a germé de créer quelque chose sur Bordeaux.  « J’ai demandé au créateur de la page si je pouvais m’inspirer de son concept, il m’a expliqué que ce n’était pas le sien mais qu’il y avait beaucoup de pages dédiées à l’art urbain dans toutes les grandes villes du monde. J’ai donc créé la page Street Art Bordeaux en 2012 ».  L’idée était de partager ses photos avec d’autres passionnés. La page a rencontré un succès immédiat. Pierre Lecaroz fait des rencontres, apprend les codes de la photo d’art urbain (pas de photo de face sans l’accord de l’artiste). Cette page naît donc d’une passion puis a contribué à rajouter de nouveaux défis, maintenir la flamme.

Pierre Lecaroz

« La page a continué à prendre de l’ampleur puis avec d’autres passionnés on s’est rendus compte que pour mener des actions concrètes sur le terrain il fallait officialiser ce qui était virtuel et c’est comme ça que Pole Magnetic est née début 2013 ».

La page Facebook « Street Art Bordeaux », compte aujourd’hui plus de 14 000 abonnés qui en suivent l’actualité.

L’association Pole Magnetic : le point de départ du MUR de Bordeaux et de la galerie.

Une soirée inaugurale est organisée à l’Iboat avec expo collective, performances et dj set. La performance artistique est réalisée par Blow (Monkey Bird Crew) Ador (Nantes) et Atom (Cognac). C’est une réussite.

Pierre Lecaroz est par la suite approché par l’Asso ‘Keep a Breast’ contre le cancer du sein. Pour un projet il doit réaliser un appel d’artiste ; il se lie d’amitié avec un collectionneur parisien Nicolas Laugero Lasserre qui lui permet de contacter Jef Aérosol . C’est ainsi qu’en 2013 ils font habiller le mur qui orne l’entrée du CHU de Pellegrin. La réalisation de ce projet est une carte de visite pour la suite.

« En parallèle à cela j’ai vu que plusieurs murs fleurissaient en France. »  Pierre s’intéresse au M.U.R (mur modulable urbain réactif) « La ville de Bordeaux n’était pas représentée, j’ai envoyé un dossier de candidature et j’ai reçu un cahier des charges en retour avec des contraintes en terme de superficie, visibilité etc ».

La naissance du MUR de Bordeaux : consécration d’une passion

« Le challenge était d’identifier un mur qui réponde à toutes les exigences. J’avais repéré le mur de la salle polyvalente qui est habillée aujourd’hui l’artiste mexicain Spaik, mais il ne fallait pas d’arbres pour pouvoir faire des photos. » Ses recherches l’amènent au mur de l’école publique Stendhal. Pierre expose son projet à la mairie et rencontre la directrice de l’école ; intéressée par le projet à la seule condition que les enfants soient intégrés la première année. C’est ainsi que le MUR de Bordeaux naît en septembre 2014. En juin 2015 les enfants sous la coupole de Charles Foussard ont eu leur vernissage et leur fresque participative, au même titre que les artistes confirmés.

Mur de Bordeaux par Amo
Mur de Bordeaux de Amo, mai 2018 photo @tezia

Le MUR de Bordeaux programme aujourd’hui des artistes à la renommée nationale et internationale pour focaliser l’attention sur la richesse du tissu artistique local sans négliger le Street Art au féminin.

(1/3 -1/3 -1/3 souhaité mais en réalité 45% renommés 45% locaux (France) 10 % féminines.)

Mur de Bordeaux par Loraine Motti
Mur de Bordeaux de Loraine Motti, octobre 2019 photo @tezia

Une âme pour chaque projet:

Au fil du temps et des rencontres, toujours dans cette démarche de développer l’art urbain dans la ville, Pierre prend part à « la saison Street- Art de Bordeaux ». 

« J’essaye de donner une âme à chaque projet, ne pas faire de copier-coller, d’y apporter une approche différente, et une dimension poétique avec un effort rédactionnel ».

En 2018 dans le cadre de la saison culturelle à l’initiative de la ville, il est nommé co-commissaire par la mairie de Bordeaux pour l’exposition à la base sous-marine « légendes urbaines ». 50 000 visiteurs drainés, une belle fréquentation pour 3 mois.

Pierre Lecaroz et Mono Gonzalez , Galerie Pole Magnetic
Mono Gonzalez et Pierre Lecaroz,
Galerie Pole Magnetic Artlab,
Photo @Ivan Quezada

« C’est la consécration de tous les projets que j’ai pu mener. Puis, poussé par des amis j’ai commencé à réfléchir à un modèle économique. A coté de cela, un local se libère au pied du MUR, heureux hasard ! J’ai foncé. C’est un pari car je n’ai pas fait histoire de l’art et être galeriste ne s’invente pas. Je suis certes un passionné mais cela a ses limites, il faut faire des mises en perspective avec l’histoire de l’art, ses références et ses codes aller les chercher. C’est vraiment une nouvelle aventure avec son lot de surprises. »

La galerie Pole Magnetic ArtLab: une vision humaine dans la continuité du Mur de Bordeaux.  

« Pour les collectionneur, l’art est un surplus indispensable et les têtes d’affiches travaillent avec des grosses galeries, avec de gros moyens que je ne n’ai pas. »

Pour Pierre il y cependant une chose essentielle : « Je travaille avec des artistes dont je suis convaincu par la qualité de leurs propositions artistiques et avec qui j’ai l’habitude de collaborer. ».

Pierre Lecaroz travaille beaucoup avec des artistes émergents ou de figures emblématiques internationales. La notoriété n’est pas toujours synonyme de qualité. « J’ai envie de faire découvrir de nouveaux talents et de partager ma passion et de ne pas raisonner uniquement sur le côté spéculatif, démarche plus authentique mais plus risquée ».

Le street-art accessible pour tous

Pour Pierre Lecaroz c’est aussi ça l’esprit Street- Art, que même celui qui n’a pas des gros moyens puisse repartir avec un petit objet. « Je propose un nuancier tarifaire les pièces vont de 30€ à 6000 8000€.  Le problème c’est que le gens qui ont les moyens vont souvent se diriger sur ce qui a de moins cher pour avoir le sentiment de faire des affaires. »

« Ceci me permet de rester proche de ma philosophie de vie. Je suis spontané avec les gens, hommes femme, pauvres, riches, je ne choisis pas mes fréquentations en fonction de leur statut social. La dynamique est à l’image de qui je suis. Je ne cours pas après les artistes « bankable », même si j’en ai également en galerie. Je n’ai pas envie d’une privatisation de l’Art urbain qu’auprès des gens qui ont les moyens. »

La galerie propose généralement une exposition qui dure un mois, avec le MUR de Bordeaux comme vecteur de communication pour la galerie. Les vernissages sont le moment privilégié pour rencontrer les artistes et apprécier leur travail. 

Le mur de Bordeaux fêtait ses 5 ans en septembre 2019 avec la performance N°49 de Ruben Carasco.

(relire l’article à ce sujet)

Ruben Carrasco  Mur Bordeaux
Ruben Carrasco Mur de Bordeaux, anniversaire des 5 ans, Xunorus à la guitare, photo @tezia

En janvier 2020 le 50eme mur est signé Jerk45 du collectif 9eme concept. Le collectif fête également son anniversaire, 30 ans d’existence, c’est l’occasion pour la galerie d’exposer chaque semaine un membre diffèrent du collectif !  C’est ensuite au tour de Mono Gonzalez d’habiller le Mur de Bordeaux. La diversité et la qualité artistique sont toujours au rendez vous!

Pierre Lecaroz, développera de nouveaux projets d’ici 2021 qu’il garde secrets pour le moment.

Comment suivre les actus et les projets à venir ?

-Sur Facbook et Instagram

Mur de Bordeaux par Mono Gonzalez
Mur de Mono Gonzalez « le dernier baiser » mai 2020 photo @tezia

Yellel: Hamid Ben Mahi

Compagnie Hors serie

Photo de couverture ©-Jean-Charles-Couty

Nous avons pu assister le 4 février à Saint Médard en Jalles, salle Carré-Colonnes, à la représentation de Yellel. C’est la 14eme pièce de la compagnie Hors-Série qui fête ses 20 ans cette année. Fondée par le danseur et Chorégraphe Bordelais Hamid Ben Mahi. Pour donner vie à Yellel il s’est entouré de 5 talentueux danseurs et de 3 musiciens qui ont composé une bande son unique pour cette création (Manuel Wandji, Hackim Hamadouche et Ahmad Comparé). Ils nous présentent un mélange subtil entre danses et musiques traditionnelles d’Orient, batterie, percussions et Hip Hop contemporain avec pour fil conducteur la question identitaire « Qui suis-je ? D’où je viens et où je vais ? »

Vidéo de  © Grégory Martin

Yellel : une réflexion autour des identités

Lorsqu’il a imaginé Yellel, Hamid a trouvé un vecteur d’inspiration dans le livre d’Amin Maalouf « les identités meurtrières » . Cet essai relève le fait que nous avons tous plusieurs appartenances alors que notre société nous demande parfois de choisir l’une d’entre elle.  

« Il faut apprendre à vivre avec plusieurs appartenances et tout est une richesse, alors pourquoi choisir ? Je dis souvent, qu’on est parfois plus proche de son voisin que d’un cousin qui est à 1000km, mais on a aussi des attaches avec ce cousin qui est si loin ».

Hamid Ben Mahi

La question identitaire est le sujet principal de l’œuvre. Hamid a grandi à Bordeaux. En choisissant Yellel comme titre (nom du village algérien dont son père est natif), il fait ainsi un clin d’œil à ses origines, part de sa propre identité.

Yellel : entre Hip Hip et danse traditionnelle

La danse Hip Hop est née aux Etats Unis dans les années 60-70 et est arrivée en France dans les années 80. Hamid a repris beaucoup de variantes de la danse Hip Hop. On retrouve des techniques au sol : break dance, top-rock, voguing et d’autres techniques debout qui viennent de Los Angeles : tutting, funk style, locking et popping.

« Nous avons fait école de toutes ces techniques et nous avons mélangé différentes danses, académiques, contemporaines mais aussi traditionnelles d’Orient. »

Hamid Ben Mahi

Grâce à la présence des danses ancestrales et traditionnelles d’Orient issues de différentes techniques d’Afrique et du Maghreb, Hamid a pensé Yellel comme une forme de rituel, de fête, de partage. On retrouve un mélange des danses alaouis, des danses palestiniennes, du dabkeh libanais, des danses soufies, de gnaouas (Maroc) ainsi que des danses touarègues.

Yellel. Dance Hip Hop.Hamid Ben Mahi. Omar Rechimi. Compagnie Hors Série
Photo © Pierre Planchenault

Présentation des danseurs : 

Hamid BEN MAHI

Il démarre en tant que gymnaste. Puis il se dirige vers le Hip Hop. Hamid a commencé à danser il y a 30 ans dans les cités du Grand Parc et des Aubiers avec le  groupe de Rap FGP (Future Génération Posse) de Souleymane Diamanka.

En parallèle, il intègre le conservatoire de danse académique. Hamid touche à tout, il s’intéresse à la fois à la danse contemporaine mais également aux différentes techniques classiques, américaines etc.

Aïda BOUDRIGUA

D’origine tunisienne, elle a une formation contemporaine. Elle a également pu travailler un métissage de différentes techniques : salsa flamenco, hip hop, funk, hype.

Matthieu COROSINE

Passionné depuis tout petit, il a commencé en prenant des cours de base dans tous les styles du Hip Hop. Puis, il se découvre une sensibilité forte pour le break danse qu’il a beaucoup travaillée. Enfin, il décide de se mettre au hip hop freestyle, une des danses qui se pratique plutôt debout, tout en ajoutant les bases assimilées avec le break.

Omar REMICHI

Né à Alger, son premier style de danse était le Hip Hop. Ensuite il s’intéresse à la danse traditionnelle et intègre le ballet national d’Algérie. Aujourd’hui, Omar fait partie du groupe Last Squad de Bordeaux, champion du monde de break en 2019.

Il touche à tous les styles de danse mais sa spécialité reste le break « tout ce qui est dur » c’est un danseur de popping et locking.

Elsa MORINEAUX

Arrivée à Bordeaux pour faire une formation contemporaine, elle a commencé par le jazz, puis a découvert le Hip Hop avec le break. Aujourd’hui elle s’intéresse aussi au lock, pop, house.  

Arthur PEDROS

De parents danseurs, on dit d’Arthur qu’il est né dedans.Il s’est formé dans différentes écoles du hip hop, puis s’est spécialisé en locking pour la compétition mais également en danses contemporaines et modernes pour la création.

Compagnie Hors série , Yellel, Hamid Ben Mahi
Photo ©-Jean-Charles-Couty

Yellel puise la richesse de sa représentation dans la rencontre de diverses disciplines et véhicule ainsi un message fort . Que ce soit à travers la danse ou dans la vie de tous les jours, Il y a des codes, des identités diverses dont le mélange est possible car c’est l’ensemble qui fait naître l’harmonie.

Mêler plusieurs appartenances sans avoir nécessairement à choisir. Puisque une identité entière n’est pas le fruit d’une seule appartenance mais de l’imbrication de plusieurs univers.

« La danse vient pour Oublier, s’oublier pour laisser ces questions de quête identitaire. »

Hamid Ben Mahi
Yellel, Elsa Morinaux, compagnie Hors Série, Hamid Ben Mahi
Photo ©-Grégory-Martin

Infos utiles et Actus:

La compagnie Hors-Série organise un Carnaval Hip Hop en collaboration avec le Carnaval des Deux Rives, Le Rocher de Palmer, La Rockschool Barbey et la Fabrique Pola,  !

Un parade dansée aura lieu le 8 Mars. Ainsi qu’un workshop hip hop gratuit et ouvert à tous au Rocher de Palmer du 2 au 8 Mars 2020. L’occasion de découvrir les techniques hip hop, popping, etc avec Hamid Ben Mahi, Frédéric Faula, Omar Remichi et d’autres artistes invités !

lien de l’événement facebook: https://www.facebook.com/ events/527915571264345/

Remerciements à la compagnie Hors Série dont Ninon Boyer , le Carré Colonnes, Sarah Fondeville de Urban Art Bordeaux et Prune Thevenon.

Photos et vidéos: Jean-Charles Couty, Grégory Martin, Pierre Planchenault .